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Petite chronique des rois de France
PHILIPPE AUGUSTE
PHILIPPE AUGUSTE ( dernière partie)
FIN DE REGNE
Après Bouvines, le Royaume devint une puissance de premier plan en Europe et Philippe-Auguste acheva son règne dans un enthousiasme populaire important.
Philippe profita du peu de temps qui lui restait à vivre pour consolider partout les possessions du domaine royale qui était quatre fois plus étendu qu’à son avènement, allant de l’Artois au puissant Comté de Toulouse épuisé par toues les croisades contre les hérétiques Albigeois ainsi que nous venons de le voir, et raffermir le pouvoir royal, condition indispensable de la pérennité de ses nouvelles terres
Grâce à une autorité incontestable devenue gardienne des libertés, pour la première fois une nation proposa une harmonie et la paix avec les féodaux qui se tinrent tranquilles Le comte de Champagne détourna bien la Seine à son profit sans l’accord du Roi mais ce ne sera qu’un incident sans suite.
La stabilisation des conquêtes passa aussi par de nouveaux modes d’administration du territoire. Entre autres formes de génie, Philippe-Auguste possédait celui de l’administration. Il avait le tempérament d’un administrateur lui permettant d’exercer directement le pouvoir en créant une armature de services publics hiérarchisée.
Les vertus majeures des fonctionnaires sont à ses yeux, le travail, l’honnêteté et la discipline.
Il s’inspire des réformes administratives d’Henri II d’Angleterre et supprime les grands offices qui lui paraissent le plus dangereux : Celui de Sénéchal et de Chancelier.
Il crée l’institution des baillis qui représentent le roi et sont chargés d’ébaucher la comptabilité du royaume, vrais fonctionnaires ils sont rémunérés directement par le roi avec obligation de rendre des comptes trois fois l’an et de tenir des assises judiciaires dans les localités de leur ressort.
Les baillis sont assistés par les prévôts rattachés à une zone précise contrairement aux baillis. Ils jugent les affaires courantes, les baillis jugeant en appel et dressent les comptes locaux.
Philippe-Auguste accroit les revenus de la royauté. L’argent envoyé par les prévôts et les baillis est déposé au Temple , Banque Nationale de l’époque. Il est le premier à utiliser de façon courante les bourgeois de Paris au gouvernement.
La société du Moyen Age qui allait s’épanouir avec son petit fils Saint louis est déjà formée par lui.
Sans les créer les communes les prédécesseurs de Philippe-Auguste avaient favorisé leur indépendance , lui favorisa celle des corporations où les valeurs spirituelles étaient essentielles avec l’Ordre de chacune pour moyens.
Depuis Louis VII la France s’enrichit, le règne de Philippe-Auguste s’achève dans la prospérité , l’agriculture se transforme, la population augmente, le commerce et l’industrie se développent ,la population augmente. Elle passe de 25.000 habitants à 50.000 en 1200.
La renaissance intellectuelle apparue sous le père se développe avec le fils.
Une entreprise de traduction en latin des ouvrages grecs, favorise une vague d’expansion de la culture Hélène , philosophique et mathématique..
Par ailleurs cette période apparait être un âge d’or de la confrontation intellectuelle entre judaïsme et christianisme les clercs manifestent en effet un réel intérêt pour la science juive dont certains comme l’abbé de Citeaux Etienne Harding fait appel à des rabbins pour rectifier le texte latin de l’Ecriture.
Depuis 1146 lorsque des violences furent commises contre des Juifs en Rhénanie et que St Bernard prit leur défense en prêchant partout : “ Quiconque touche à un juif afin de lui ôter la vie commet un péché aussi énorme que s’il touchait à la personne de Jésus ”, s’est développée une authentique réflexion théologique sur la mission du peuple juif à travers l’histoire et notamment sur son “ identification à la chair du Christ ”qui aujourd’hui rend un son très moderne et en 1190 le pape Clément III mena ça d’excommunication celui qui baptiserait un juif contre son gré, gênerait des célébrations judaïques ou profanerait un cimetière juif .
Quant à la religion musulmane ,depuis qu’en732 quelque part entre Poitiers et Tours, Charles Martel maire du Palais et grand père du futur Charlemagne remporta une victoire contre une armée des Omeyxades dont le chef fut tué , son expansion et l’islamisation du continent européen s’interrompit ainsi ,la bataille de Poitiers ayant acquis une valeur symbolique. Toutefois cela n’empêcha pas une confrontation intellectuelle et une entreprise de traduction d’ouvrages arabes notamment à la suite des exhortations du pape pour encourager les champions de la Croix à se croiser devant une expansion des arabes et des Turcs en des régions, dont les villes berceau du Christianisme, ont été le siège.
Le règne de Philippe-Auguste se caractérise par une amélioration de Paris dont il fait paver les rues et construire entre 1190 et2200 une enceinte, vraie muraille avec des créneaux, un chemin de ronde ,des parties fortifiées , des tours,(34 rive gauche, 37rive droite) Paris ressemblait un peu à Carcassonne d’aujourd’hui .
Il s’intéresse aux thermes de Cluny ou Palatinium de Thermilis , construits à la fin du 1 siècle sur la rive gauche de la Seine, à l’époque en ruine ,il les réunit à la Citée par la construction de l’enceinte avant de les donner à son chambellan Henri en récompense de ses services. Devenus Hôtel de Cluny, ils furent classés monuments historiques en1862.
Il crée le Louvre féodal et son énorme donjon, l’Université de Paris, les archives royales.
Il transfère le marché des Champeaux à l’emplacement des futurs halles Il fait construire l’hospice Sainte Catherine, et l’Hôpital de la Trinité Les travaux de Notre Dame progressent à grands pas .
Louis VII avait posé la première pierre du château de Fontainebleau en adjoignant au logis de son père une chapelle dédiée à Saint Saturnin consacrée par Thomas Becket en 1107, Philippe-Auguste lancera une suite de travaux qui ne s’arrêteront plus et qui feront de Fontainebleau selon le mot de Napoléon : “ La maison des siècles, vrai palais des rois ”. Avec Louis VII le territoire avait commencé à se couvrir de châteaux forts construits en pierres, ce travail de construction se développera avec le fils.
Une société plus riche a plus de loisirs. On fait de la musique dans la chambre des dames. Des troubadours chantent en vers en s’accompagnant eux même Ce fut la belle époque des chansons de geste et de romans de chevalerie.
En ces temps là les hommes étaient encore assez enfants pour croire au merveilleux et au surnaturel , indissociables l’un de l’autre.
Dans toute la France parce que la religion est le centre des pensées, l’architecture et la sculpture sont des arts par excellence. Les statues, les églises, en sont l’expression. Les cathédrales deviennent l’œuvre d’une ville toute entière.
L’art gothique prend son essor, au de là d’une émancipation architecturale c’est une véritable révolution culturelle que connait l’Eglise et notre civilisation .Le gothique est l’art d’un individualisme en plein ascension. Union du mouvement et de la permanence, il consacre la victoire de l’esprit sur le vide , l’envol de l’âme vers le divin.
La civilisation du Moyen Age apparait comme étant une grande civilisation, l’une de celles qui ont donné à l’homme un équilibre moral et social., l’une de celles qui ont engendré les plus belles œuvres d’art de l’Occident.
La spiritualité du nouvel ordre initié par Bernard de Clairvaux à l’Abbaye de Citeaux, savant mélange de piété, de politique et de pragmatisme se manifeste toujours par la création de nouvelles abbayes , à l’image de celle de Cluny consacrée en 1130, d’une dimension peu commune , dont l’abbatial est l’un des chefs d’œuvre de l’art roman, détruite malheureusement par la révolution pour la plus grande partie, à l’image également de celle de l’Escaladieu dont la fondation est de 1140 mais qui est très active sous Philippe-Auguste.
L’architecture de l’abbaye obéit aux volontés puristes du projet spirituel de l’ordre Cistercien et reproduit le plan dit : “ bernardin ”.Ses voutes croisées d’ogives représentent une ordonnance unique en France . Classée monument historique en 1935, elle est acquise par le Conseil Générale des Hautes Pyrénées en 1997.
Sur le plan politique ,c’est à peine si on se rappelait qu’à l’origine la monarchie avait été élective . C’était hier et pourtant des siècles s’étaient écoulés. Le passage de la couronne ne fera plus jamais l’objet d’un vote ou d’une approbation de principe des pairs du royaume.
Nous avons déjà vu que le temps était venu où la population unanime considérait que la stabilité d’une lignée royale assurait le présent, garantissait l’avenir. Le roi précédemment désigné ayant toujours été l’aîné, la coutume de primogéniture complète le principe d’hérédité.
La monarchie française n’ayant plus à se soucier de la succession au trône pouvait œuvrer uniquement dans l’intérêt de la France qui avait un gouvernement régulier au moment où les empereurs d’Allemagne tombaient les uns après les autres, au moment où ils étaient tenus en échec par leurs barons.
LA MORT DE PHILIPPE AUGUSTE
Le 10 Juillet 1223, Philippe-Auguste était à Pacy sur Eure lorsqu’atteint d’une maladie mortelle depuis un an, la fièvre le saisit. Il sentit que c’était la fin. Que nous soyons croyant, athée, bon ou méchant, prince, roi ou manant, nous sommes tous confrontés à cette implacable échéance. Il se posait des questions. D’abord et comme tous, qu’adviendrait-il de lui au terme de ce voyage terrestre ? Surgissait-il du vide, le temps d’une vie où il régna pour y retourner à nouveau ? mais que laisserait il derrière lui ? Etait-il fils de Dieu, du Roi ou du hasard ?
C’est Ibsen qui a écrit : “ la plupart des gens meurent sans avoir vécu ” et il rajoutait : “ Heureusement ils ne s’en aperçoivent pas ”. Philippe-Auguste n’était pas de ceux là .Ce fut au contraire l’un des rois qui a le plus intensément vécu. Il savait que les évènements n’arrivent pas naturellement et qu’il fallait quelqu’un pour leur donner figure humaine. Il avançait en suivant son cap sans se poser de questions. Il était le roi et il créait une nation.
Mais maintenant avant d’aborder une vie nouvelle qui se différenciera forcément de son existence actuelle ,il se posait des questions et en premier lieu : La conception qu’il avait du pouvoir royal ,les institutions qu’il avait créées lui survivraient elles ?
Nous tenterons de répondre à cette question avant de clore cette petite chronique du règne de Philippe-Auguste.
Le roi dicta son testament et demanda qu’on le conduise à Paris où se tenait un concile d’évêques et archevêques du royaume délibérant sur l’hérésie Albigeoise. Il voulait s’adresser à eux.
Dans cette attente il était résigné mais la résignation n’exclut pas la souffrance, et sortir de ce monde, c’est non seulement tomber dans cet abîme qu’on appelle l’inconnu, mais c’est souffrir en tombant. Philippe-Auguste le plus grand Prince que la tige capétienne eut donné depuis Hugues Capet décéda sur la Seine à Mantes le 14 Juillet 1423. Il avait 57 ans.
C’était pendant la soirée ; onze heure venait de tinter à Notre Dame et chaque heure se détachant l’une après l’autre comme un oiseau nocturne élancé d’un nid de bronze, s’était envolée triste, monotone et vibrante lorsque, le corps fut débarqué à Paris accompagné par Ingeburge la réprouvée qui lui ferma les yeux. Elle même s’éteignit en 1236 après avoir traversé le règne de Louis VIII et de Blanche de Castille, après l’arrivée sur le trône de Saint Louis.
Il fut inhumé à la basilique Saint Denis où le roi reposa dans son cercueil à visage découvert habillé de son manteau rouge et coiffé de sa couronne
PROLOGUE, en forme de réponse à la dernière question que se posa Philippe-Auguste avant de mourir.
Philippe-Auguste régna 42 ans 9 mois et 26 jours du 18 Septembre 1180 au 14 Juillet 1223. Il resta l’un des monarques les plus admirés, en tous les cas le plus grand que la tige capétienne ait donné depuis Hugues Capet.
Il accomplit son métier de roi sans en esquiver la responsabilité.
Chez lui, nous dit Bainville , tout était volonté calcul, bon sens et modération, en face des deux fous furieux qu’étaient Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre. Philippe-Auguste représentait le réalisme, la patience et l’esprit d’opportunité
Malgré ses démêlées avec le pape il gouverna avec Dieu presque en Dieu ce qui selon lui justifiait son autorité, gardienne des libertés Au dessus Dieu le juge. Tout est fait sous sa tutelle car il ne voulut que le bonheur de son peuple et l’intérêt du pays, en vertu de quoi il prit les décisions qui le concernait .En revanche tout ce qui concerne la vie de chacun fut laissé à ceux qui sont proches du peuple : la commune.
Il laissera à son fils Louis VIII un royaume considérablement agrandi et une puissance de premier plan en Europe. Il faut répondre maintenant à la question qu’il posa à de nombreuses reprises à son entourage avant de mourir.
La conception du pouvoir qu’avait Philippe-Auguste, les institutions qu’il avait crées allaient elles lui survivre ?
Nous avons déjà en partie répondu à cette question en expliquant ce que le roi avait voulu créer et consolider à la fin de son règne.
Il fut l’initiateur de l’Etat Français et de l’unité Française qui se forgeront par des siècles de construction Capétienne sur le principe monarchique ainsi instauré.
Dans ce contexte d’idéologie royale, l’émergence d’un Etat moderne , devint incontournable avec pour la population la création d’une cohésion sociale. Qu’appelle t-on cohésion sociale ? C’est l’état d’une société dont les membres sont unis par des valeurs communes ou des règles de vie communes acceptées par tous donc fortement solidaires et intégrées ; en découlent l’existence de buts communs, l’attraction des individus les uns par rapport aux autre et enfin l’attachement des individus à cette société. On voit par cette définition que c’est bien la première fois dans l’Histoire de France que la cohésion sociale existe.
Se pose alors la question pourquoi sous Philippe-Auguste ? Parce que c’est avec Philippe-Auguste qu’est né le désir de vivre ensemble contre l’occupant Anglais et également dans une moindre mesure contre l’Empire Allemand , sans savoir pourtant que la France serait en guerre avec ces pays pendant des siècles et qu’elles consolideront cette cohésion sociale
Nous avons déjà vu en effet que nos guerres avec l’Angleterre se termineront avec Louis- Philippe , la réconciliation ayant eu lieu avec l’Entente Cordiale signée en 1904; celles avec l’Allemagne se termineront en 1945, la réconciliation ayant eu lieu le 8 Juillet 1962 au moment précis où De Gaulle et Adenauer se recueilleront en la Cathédrale de Reims ( et le choix du lieu n’était sans doute pas anodin) en appelant d’une certaine manière à une légitimité supérieure pour sceller ce “ pacte ”, entre les deux adversaires de près de sept cents ans dont nous avons célébré le cinquantième anniversaire le 8 Juillet 2012.
C’est aussi avec Philippe-Auguste qu’est né, le désir d’une histoire commune avec la volonté de continuer l’œuvre qui précède ,bref l’idée de nation , premier vecteur de protection sociale du peuple, avec des hommes ,des femmes , des familles qui y cohabitent avec des règles partagées dans un espace historique qu’ils reconnaissent comme un bien commun et supérieur, avec au plus haut niveau de la société un rassembleur qui a le temps pour lui : le roi qui garantit l’équilibre des forces dans ce jeu compliqué .
Tous les actes à partir de 1190 seront signés Rex Franciae, Roi de France au lieu de Rex Francorum, Roi des Français. Il en sera ainsi jusqu’à Louis-Philippe qui releva le vieux titre de “ Roi des Français ” que déjà la constitution de 1791 prévoyait pour Louis XVI et le Sénat le 6 Avril 1813 pour Louis XVIII .
Philippe-Auguste est à l’origine d’un “ collectif national ” dont l’on a dit que De Gaulle fut la dernière et incomplète manifestation politique d’Etat malgré ses efforts et que le Roi incarne et enracine dans le temps par la transmission héréditaire de la nation et de sa longue mémoire.
C’est ainsi que la France qui n’existait pas de toute éternité, nous l’avons constaté, devint une fille de l’Histoire .
C’était sans doute un produit fragile que cette identité nationale peu à peu ressentie mais il était déjà loin le temps où l’Etat n’existait pas, où tout était violence et où les seigneurs ne songeaient à résoudre leurs différends que par la guerre devenue un plaisir.
A partir de Philippe-Auguste débutera l’entreprise Capétienne de restauration de l’Etat pour peu à peu dégager l’autorité souveraine de l’entrelacs inextricable des liens contractuels sur les quels était fondé le régime féodal au pouvoir éclaté et dilué. Il encouragera notamment la bourgeoisie à restreindre les pouvoir excessifs de féodaux, et surtout il imposera de haute lutte une France qui forme un cadre politique indépendant, une nation souveraine ,on l’a vu, , une civilisation originale pour la nourrir, un Etat légitime pour la servir la perpétuer et surtout lui donner un sens aux yeux du monde.
Pour la première fois le peuple était reconnaissant à la dynastie Capétienne de l’avoir libéré de ces sanglants règlements de compte et d’avoir fondé la légitimité sur une base durable. Ce qui n’allait pas de soit , car depuis Clovis jusqu’à Philippe-Auguste, on pourrait même dire jusqu’à maintenant ou pour être plus précis jusqu’à De Gaulle, l’effort principal de la France est d’être la France et non un terrain vague entre le Rhin et l’Atlantique parsemé de bandes, de baronnies de communautés toujours plus ou moins en guerre.
Ainsi fut créée la monarchie héréditaire ,incarnant un pouvoir régalien à visage humain, qui donne une âme à la politique, qui veut modeler une civilisation d’harmonie qui rayonnera en un art de vivre respectée dans son principe et dans son action, sans faiblesse comme sans arbitraire, mais arbitral permettant l’indépendance du souverain, placé hors des caprices , des émotions populaire et d’un changement au gré des humeurs, garantissant donc la continuité nécessaire à la stabilité du pays et à la réalisation de ses enjeux politiques. Tout cela moins selon un plan préconçu que selon une croissance biologique selon Pau Guth : une logique végétale pareille à celle des arbres
Le cri : “ Le Roi est mort , Vive le Roi ” renferme un double principe dans cette exclamation de douleur et de joie : L’hérédité de la famille souveraine mais aussi l’immortalité de l’Etat qui lui permettra d’agir sur la durée.
La transcendance et la sacralité sont mises en avant et sont liées à l’ancienneté et à la continuité du pouvoir. Elles raccrochent le souverain à une réalité qui le dépasse : celle de la continuité dynastique qui l’inscrit dans l’histoire et cela détermine une adhésion populaire par conséquent une forme de réalisme politique, parce qu’elle s’appuie sur une réalité naturelle et immanente : le besoin de toute société humaine d’une autorité souveraine, au dessus des factions, permettant l’exercice du bien commun s’appuyant sur une famille appartenant à une lignée qui gouverne la France et sur une société organique composée elle-même de familles et de corps intermédiaires.
Louis VI le roi chevalier qui, avant de se battre envoyait un héraut à ses adversaires, peut être considéré comme le premier maillon de cette chaîne qui aboutira au système concentré , dont la monarchie absolue du Roi Soleil a constitué l’apogée ,monarchie absolue ce signifiant pas point de concentration de tous les pouvoirs ni que la personne du roi est la loi suprême . Il ne peut notamment aller à l’encontre des lois fondamentales. Non “ monarchie absolue ” signifie “ monarchie parfaite ” qui se transformera au XIX siècle, après révolution et Empire ,en monarchie constitutionnelle, au pouvoir exécutif incarné mais parlementaire , faisant un lien directe avec le peuple à ne pas confondre avec la monarchie représentative anglaise, pour tomber finalement au XXe siècle dans un système parlementaire incompétent , puis dans une oligarchie plus autoritaire qu’authentiquement libérale.
C’est donc à partir de Philippe-Auguste et avec ses successeurs qu’elle deviendra peu à peu cette monarchie héréditaire centralisée incarnée par le roi qui ne veut que le bonheur de son peuple et l’intérêt du pays , en vertu de quoi il aura toutes les libertés pour prendre les décisions concernant la nation, l’armée, les lois fondamentales, les relations avec les autres pays .
Le roi était devenu empereur en son royaume, non parce qu’il en portait le titre, jusqu’à Napoléon ce ne fut jamais le cas, l’Empire au sens propre du terme étant considéré, depuis Philippe-Auguste comme une chimère à la quelle il ne fallait surtout plus se référer, mais parce qu’il était lui-même le fédérateur de peuples libres. Par comparaison notre Président actuel lui n’est que le courtier d’un empire dont les fonctionnaires et technocrate bruxellois sont les serviteurs zélés.
En ce qui concerne la vie des habitants, Philippe-Auguste et ses successeurs laisseront subsister les corps intermédiaires, politiques(municipalités), judiciaires(parlements) et professionnels(corporations) qui, parce que proches du peuple, donnaient consistance, souplesse et capacité d’adaptation aux communautés naturelles, historiques et sociales du royaume.
Elles créeront une symbiose entre le pouvoir et la société .Elles permettront à l’Etat de remplir ses fonctions régaliennes en vue du bien commun qui transcende les générations sans qu’il se charge toutefois de la responsabilité écrasante de toutes les composantes de la Nation. Garant du droit, l’Etat fera respecter les règles de la vie économique et social sans se substituer aux agents de celles–ci dans la conduite de leurs affaires. Il existera un espace social autonome régi par un droit plus coutumier que positif..
Voilà la réponse qui peut être faite à la question que se posait Philippe-Auguste avant de mourir Il faut maintenant conclure.
CONCLUSION
Il sera beaucoup reproché par certains auteurs au système ainsi instauré de ne pas correspondre à la volonté générale. Ce qui n’a pas beaucoup de sens. Il est vrai que Philippe-Auguste entérina la fin de la monarchie élective A partir de cette époque le pouvoir légitime n’est plus élu, sans doute, mais avant Philippe-Auguste le roi n’était pas l’élu d’une majorité .
Le fondement de l’unité nationale ne résidait pas comme maintenant ,depuis la Révolution dans la volonté des citoyens animés du désir de vivre ensemble mais dans la volonté du souverain dont l’autorité toutefois transformée par le Christianisme ne se présente plus comme un rapport de force mais devint un service.
A partir de la Révolution Française ,qui a été l’étape finale d’un bouleversement spirituel et philosophique se caractérisant par le renoncement de la tradition et peut être aussi par l’absence de principe éthique qui fut aussi la cause de la chute de l’Empire Romain victime de la corruption, qui marqua en tous les cas une rupture totale avec les origines chrétiennes et monarchiques de notre pays. la loi n’a pas été d’avantage l’expression de la volonté générale parce que cette volonté n’existe pas, tout simplement. Il n’y a que des volontés plus ou mois majoritaire, des pulsions sociologiques largement commandées par les media et des groupe d’influence ,comme les vagues de l’Océan essentiellement mouvantes, incapable de construire un projet de société ou de déceler un bien commun.
A partir de Philippe-Auguste, pendant des siècles la compétence consacrée au bien commun sera la première légitimité politique .
Mais la tradition est aussi d’importance car peu à peu elle s’enracinera dans l’identité de la nation, dans son Histoire et constituera le cadre des libertés . le pouvoir légitime sera alors au carrefour de la compétence mais de la majorité aussi car soutenu par le peuple et la tradition. Compétence et tradition forment donc le socle de la légitimité politique telle que la concevait Philippe-Auguste.
Sans doute la féodalité fondée sur le fief et la terre eut encore de beaux jours devant elle mais n’est elle pas toujours présente a ce jour sous une autre forme avec l’empilement des structures de collectivités permettant aux multiples Seigneurs et Dames de créer leurs cours et leurs féaux qui leur seront redevables de leurs emplois démontrant ainsi à nouveau que la décentralisation et la fédération est impossible sans un fédérateur, car près de mille ans après Philippe-Auguste ,notre pays s’englue à multiplier des ferments de division dans un système soumis aux décisions d’une opinion peu soucieuse du long terme.
Mais si la féodalité a encore de beaux jours ce sera définitivement la fin des bandes armées et des partages du Royaume à la mort de chaque roi, erreur qui fut cause de l’échec des premières dynasties d’origine Franques Mérovingiennes et Carolingiennes malgré leurs débuts brillants et prometteurs .
Ce fut aussi la fin de la chimère impériale que l’on retrouvera plus tard avec Napoléon , la Monarchie se bornant à ce qui sera appelé très vite le Pré-carré. Si Napoléon au lieu d’être le romantique qu’il était profondément , avait adopté u ne politique délibérément capétienne ,faite d’équilibre de mesure, de justice à l’intérieur, de prudence à l’extérieur et de sens de la durée, nul doute que le cours de l’histoire aurait été tout autre. Une nouvelle dynastie aurait pu s’imposer à condition d’avoir pu s’inscrire dans le fil de cette tradition millénaire aux succès avérés .
Ce qui démontre qu’ un homme aussi talentueux soit il ne peut seul incarner durablement le rassemblement et l’espoir.
C’est en partie parce qu’elle bornera, peu ou prou son action au territoire de la France et parce qu’il n’y eut plus de partage de territoire que la dynastie Capétienne fut la bonne et qu’elle réussit à construire la France qui huit siècles d’effort après sera sous Louis XVI un géant démographique, économique et politique., et puis aujourd’hui comme hier le peuple a besoin d’être dirigé par des hommes exemplaires qui le guident et le fortifient et non de meneurs qui ne font que le manœuvrer et l’exploiter .
Philippe-Auguste est la fin d’une Histoire et le début de la Nation et de la monarchie héréditaire. Comme à l’époque moderne nous entérinons également la fin d’une Histoire et non de l’Histoire comme le prédisent certains, celle du temps de nations, la globalisation semblant dessiner les contours de sa fin
A une aventure Européenne sans résultat succède six cent quatre vingt dix ans après la mort de Philippe-Auguste un traité européen dit budgétaire , enfant d’un Président de la République Français et d’une Chancelière allemande qui rompt l’harmonie nationale et transforme l’aventure Européenne en machine à broyer les nations dont le Président de la République actuel joue le rôle de père adoptif.
Ainsi cette fuite en avant semble nous entrainer vers un empire mondial globalisé comme il est dit aujourd’hui . Cette fuite en avant tournera t elle au désespoir ?
Henri Allard dans la Revue Universelle a répondu à cette question .Laissons lui le mot de la fin : “ Ces promoteurs puissants pour un dernier jour auront ils la possibilité de détruire le monde dans leur suicide à l’instar des terroristes bardés d’explosifs ? Auront-ils de quoi survivre au désastre ? Ce n’est pas nous qui pouvons répondre. Seules les leçons de l’Histoire nous intéressent. Et ces leçons nous disent que nous allons dans la mauvaise direction. Tout ce que nous pouvons affirmer est que des rois jusqu’à la République il y eut une constante, la défense de la patrie et de l’identité française. ”
MAITRE JEAN PIERRE LUSSAN
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